La « France » en 2040

Une possibilité, évoquée par la romancière Elena Tchoudinova dans son livre La mosquée Notre Dame de Paris.

Le contexte : La France de 2048 est devenue un califat. Eugène Olivier, un jeune résistant habitant à Paris, fait la connaissance de Jeanne, une adolescente Catholique, qui lui présente le dernier groupe de Catholiques survivants en train de célébrer la (vraie) Messe, dans un souterrain secret.

 

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« Qui sont ces gens ? » demanda à voix basse Eugène Olivier.

« Comment, tu ne les as jamais rencontrés ? Nous partageons pourtant les mêmes abris. Plus exactement, cet abri leur appartient, mais ils nous en laissent aussi l’utilisation. A charge de revanche, bien entendu. Mais eux, ils ne se battent pas contre les Sarrasins, ils ne font que célébrer la messe ».

« Pas étonnant, ce sont surtout des vieux, ils n’ont plus l’âge de se battre » .

« Non, tu ne comprends pas, ils ne veulent pas. Ils considèrent que le temps des Croisades ne reviendra plus. Qu’il n’y a plus rien de bon à attendre sur cette terre. Je ne sais pas comment t’expliquer ça si tu n’as jamais entendu parler de la Fin des Temps. La seule chose qu’ils désirent, c’est que, tant qu’il restera quelques chrétiens, la messe puisse être célébrée. A Paris, il y a trois communautés. Les chrétiens sont sortis des catacombes, et voilà qu’ils y sont revenus ».
« Et où vivent-ils ? »
« Dans le ghetto, ça va de soi ».

Eugène Olivier eut un haut-le-corps. Il fréquentait assidûment chacun des cinq grands ghettos de Paris, où vivaient les Français privés de leurs droits civiques pour avoir refusé la conversion à l’islam.
Cette existence derrière les barbelés était sinistre et désespérée, mais beaucoup la choisissaient, l’acceptant comme rançon au droit de rester fidèles à eux-mêmes. C’était un effroyable dénuement, la promiscuité, et, au moindre faux pas, la mort de la main du premier policier venu qui considérait l’ « infidèle » comme un chien. Mais quel délice de pouvoir narguer l’appel criard du muezzin en sirotant sa tasse à la terrasse d’un café, en se disant que, quittant leurs demeures luxueuses, les collaborationnistes se rendaient précipitamment à « l’exercice de gymnastique ».
Bien sûr, dans le ghetto aussi, il était mortellement dangereux de chercher à se procurer du vin, (*) bien sûr, les femmes ne pouvaient sortir dans la rue qu’avec une écharpe jetée sur la tête et les épaules, sous peine d’être battues à mort par la police. Mais leurs visages restaient découverts !
Les habitants du ghetto demeuraient des Français. Ils enseignaient leurs enfants tant bien que mal, malgré la pénurie de livres : les albums d’Astérix, les aventures de Babar, tombés en lambeaux, se passaient de famille à famille jusqu’à ce qu’il devînt impossible d’y déchiffrer le moindre caractère. Parfois, une opération de fouilles s’abattait de façon imprévisible sur le ghetto, à la suite de laquelle les maigres bibliothèques privées fondaient comme beurre au soleil.
Mais il y avait bien pire. Était-ce planifié ou aléatoire, nul n’aurait su le deviner, il arrivait que la milice des bonnes mœurs s’en prenne à telle ou telle famille. D’abord l’imam s’invitait fréquemment, puis ses jeunes assistants, encore plus accrocheurs. C’était triste de voir la mine pétrifiée, les visages tendus des gens tombés dans cet engrenage. Ils savaient bien, et nul autour d’eux ne l’ignorait, que trois mois plus tard (étrangement trois mois jour pour jour), les voisins découvriraient au matin une camionnette pour déménager les nouveaux convertis dans un quartier musulman, ou alors, la porte grande ouverte sur un appartement dévasté et les volets condamnés avec des planches. Sur le seuil de ces maisons abandonnées, des adolescents se risquaient parfois à allumer une bougie.

Mais qu’il y eût des croyants clandestins dans cette population du ghetto !

« Mais d’où sortent-ils ? Le pape a dissous l’Eglise ! » (**)

(extrait du Chapitre 2)

(*) Allusion au chapitre 1, où un Catholique qui produisait du vin de messe est lapidé à mort par une populace de mahométans, sous les yeux impuissants d’Eugène Olivier.

(**) « …il n’y avait plus de pape depuis longtemps. Le dernier avait renoncé au trône de Pierre dès 2031. Et cela faisait belle lurette qu’ils avaient rasé le Vatican, pour faire de ce lieu le dépotoir de Rome. » (chapitre 1)

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