Sur les temps à venir

Un extrait d’une lettre de Saint Cyprien (cliquez ici pour la lire en intégralité, il s’agit de la lettre n° 58) qui s’applique en partie à notre temps, et encore plus certainement aux temps que nous voyons arriver inéluctablement sur nous :

Saints Corneille et Cyprien de Carthage. Bréviaire romain du 15ème siècle

Saints Corneille et Cyprien de Carthage. Bréviaire romain du 15ème siècle

« Vous devez donc savoir et tenir pour certain que la persécution est suspendue sur nos têtes, que ce jour vient, que la fin du monde et le temps de l’Antichrist approchent.

Ainsi nous devons tous nous tenir prêts pour le combat, ne penser à rien qu’à la gloire de la vie éternelle et à sa couronne de la confession du Seigneur, sans nous imaginer, d’ailleurs, que ce qui vient est tel que ce qui est passé.

Un combat plus sérieux et plus acharné est imminent  : les soldats du Christ doivent s’y préparer avec un robuste courage considérant que chaque jour le calice du sang du Christ leur est donné à boire, afin qu’ils soient en état de verser eux-mêmes leur sang pour le Christ.

On veut en effet être trouvé avec le Christ, quand on reproduit ce que le Christ a enseigné et a fait, selon la parole de l’apôtre saint Jean : « Celui qui dit qu’il demeure dans le Christ, il doit marcher lui-même comme le Christ a marché« . (Jn 2,6). De même l’apôtre saint Paul nous exhorte et nous instruit en disant : « Nous sommes les enfants de Dieu; si nous sommes ses enfants, nous sommes aussi ses héritiers et les cohéritiers du Christ, à condition que nous souffrions avec Lui pour être glorifiés avec Lui ». (Rom 8,16-17).

C’est tout cela que nous devons considérer, afin que personne ne regrette rien du monde qui va périr, mais qu’on suive le Christ, qui vit éternellement, et fait vivre ses serviteurs qui ont foi en son Nom. Le temps vient, en effet, mes très chers, que le Seigneur a prédit depuis longtemps et dont Il nous a annoncé l’approche en disant : « Une heure viendra, où quiconque vous fera mourir croira honorer Dieu. Mais ils feront ainsi parce qu’ils n’ont connu ni mon Père ni Moi. Mais je vous ai dit ces choses, afin que, quand viendra leur heure, vous vous souveniez que Je vous l’ai prédite ». (Jn 16,2-4).

Que personne ne s’étonne que nous soyons assaillis de persécutions constantes, que des alarmes nous inquiètent sans cesse. Le Seigneur nous a prédit d’avance que cela aurait lieu à la fin des temps. Il nous a formés à notre service de soldats par l’enseignement et l’encouragement de sa parole. L’apôtre saint Pierre aussi nous a appris que les persécutions ont lieu afin que nous soyons éprouvés, et qu’à l’exemple des justes qui nous ont précédés, nous soyons, nous aussi, unis par la mort et la souffrance à la charité de Dieu. Il a mis, en effet, ceci dans son épître : « Mes très chers, ne vous étonnez pas de l’incendie qui s’allume peur vous, il a pour but de vous éprouver, et ne vous découragez pas comme s’il vous arrivait quelque chose d’extraordinaire. Mais toutes les fois que vous avez part aux Souffrances du Christ, réjouissez-vous, afin qu’à la manifestation de sa Gloire, vous tressailliez de joie. Si l’on vous outrage pour le Nom du Christ, vous êtes heureux, parce que le Nom du Seigneur, un Nom de majesté et de puissance, repose sur vous, et qu’il est par eux en blasphème, par vous en honneur. » (Pi 4,12-14).

Les apôtres n’ont fait que nous enseigner ce qu’ils avaient appris de l’enseignement dominical, et des instructions venues du ciel, le Seigneur Lui-même confirmant leur parole et disant : « Il n’est personne qui, abandonnant sa maison, son champ, ses parents, ses frères ou ses soeurs, ou son épouse pour le royaume de Dieu, ne reçoive sept fois autant dès ce monde et dans le siècle à venir la vie éternelle« . (Lc 18,29-30). Et encore : « Heureux serez-vous, quand les hommes vous prendront en haine, vous écarteront, vous chasseront et maudiront votre nom à cause du Fils de l’homme. Réjouissez-vous ce jour-là et tressaillez d’allégresse car voici que votre récompense est grande dans le ciel« . (Lc 6,22-23).

Le Seigneur a voulu que nous nous réjouissions et que nous tressaillions dans les persécutions, parce que quand les persécutions viennent, c’est alors que se donnent les couronnes de la foi, alors que font leurs preuves les soldats du Christ, alors que les cieux s’ouvrent aux martyrs. Nous ne nous sommes pas engagés dans la milice pour ne penser qu’à la paix, refuser le service et nous y dérober, quand le Seigneur, le Maître de l’humilité, de la patience, de la souffrance, a fourni Lui-même avant nous le même service. Ce qu’Il a enseigné, Il a commencé par le faire, et nous exhortant à souffrir, Il a auparavant souffert Lui-même pour nous.

Ayons devant les yeux, frères très chers, que Celui que le Père a constitué seul juge, et qui viendra juger, a déjà fait connaître le sens dans lequel il jugera et conduira son enquête future. Il a prédit et proclamé qu’Il confesserait devant son Père ceux qui Le confesseraient et qu’Il renierait ceux qui Le renieraient. Si nous pouvions échapper à la mort, nous craindrions, à bon droit, de mourir. Mais puisqu’il est inévitable qu’un mortel meure, saisissons l’occasion que nous offre la divine promesse et la divine Bonté; subissons la mort, pour recevoir l’immortalité, et ne craignons pas d’être tués, puisqu’il est sûr que quand on nous tue, on nous couronne.

[…]

Combien le cas serait grave pour un serviteur portant le nom de chrétien de ne pas vouloir souffrir quand son Maître, le Christ, a souffert le premier; combien lâche pour nous de ne pas consentir à souffrir pour nos péchés, quand Lui, qui n’avait pas de péché propre, a souffert pour nous ! Le fils de Dieu a souffert pour faire de nous des fils de Dieu, et le fils de l’homme ne veut pas souffrir pour continuer d’être fils de Dieu !

Si nous sommes en proie à la haine du monde, le Fils de Dieu l’a éprouvée avant nous; si nous souffrons ici bas des outrages, l’exil, les tourments, l’Auteur, le Maître du monde a souffert un traitement pire encore; et Il nous le rappelle : « Si le monde, dit-Il, vous hait, souvenez-vous qu’il M’a haï d’abord. Si vous étiez du monde, le monde aimerait ce qui lui appartiendrait; mais, parce que vous n’êtes pas du monde, et que Je vous ai choisis et tirés du monde, c’est pour cela que le monde vous hait. Souvenez-vous de la parole que Je vous ai dite : Le serviteur n’est pas au-dessus de son maître. S’ils M’ont persécuté, ils vous persécuteront aussi« . (Jn 15,18-20).

[…]

Et que personne d’entre vous, frères très chers, ne se laisse tellement effrayer par la persécution qui s’annonce et la venue prochaine de l’Antichrist, qu’il ne trouve plus dans les exhortations évangéliques et les préceptes et les avertissements célestes, des armes contre tous les dangers. L’Antichrist vient, mais après lui vient le Christ.

L’ennemi rôde et exerce ses ravages, mais le Seigneur le suit aussitôt et venge nos souffrances et nos blessures. L’adversaire se fâche et fait des menaces, mais il y a quelqu’un qui peut nous tirer de ses mains. Celui-là doit être craint, à la colère de qui personne ne peut échapper, comme il nous en avertit Lui-même : « Ne craignez pas, dit-Il, ceux qui peuvent tuer le corps, mais ne peuvent tuer l’âme. Redoutez plutôt celui qui peut tuer le corps et l’âme, en le jetant dans la géhenne« . (Mt 10,28). Et encore : « Celui qui aime son âme la perdra, et celui qui hait son âme en ce monde, la sauvera pour la vie éternelle. » (Jn 12,25).

L’Apocalypse aussi nous met en garde et nous avertit : « Si quelqu’un adore la bête et son image, et en reçoit la marque sur son front et sur la main, il boira du vin de la Colère de Dieu mêlé dans la coupe de sa Colère; il sera puni par le feu et par le soufre sous les yeux des saints anges et de l’Agneau, et la fumée de leur supplice montera dans les siècles des siècles. Il n’aura point de repos le jour ni la nuit, celui qui adore la bête et son image« . (Ap 14,9-11).

[…]

Pendant que nous sommes martyrisés, et (que nous) soutenons le combat de la foi, Dieu nous regarde, ses anges nous regardent, le Christ nous regarde. Quelle gloire pour nous, quelle heureuse fortune, d’avoir Dieu pour président de l’épreuve quand nous sommes aux prises, le Christ pour juge du combat quand nous sommes couronnés. Armons-nous, frères très chers, de toutes nos forces, et préparons-nous à la lutte, avec une âme incorruptible, une foi entière, un courage prêt au sacrifice. Que l’armée de Dieu sorte du camp et marche au combat qui nous est offert.

[…]

Prenons ces armes, revêtons-nous de ces défenses spirituelles et célestes, afin qu’au jour mauvais nous puissions résister aux menaces du diable, et lutter contre lui. Couvrons-nous de la cuirasse de justice, afin que notre poitrine soit armée et défendue contre les traits de l’ennemi, que l’enseignement évangélique soit pour nos pieds une armure défensive, afin, que quand le serpent sera foulé et écrasé, il ne puisse nous mordre ou nous faire tomber.

Portons courageusement le bouclier de la foi, afin que sur lui s’émoussent les traits de l’ennemi. Prenons aussi pour en couvrir notre tête le casque spirituel, afin de protéger nos oreilles pour qu’elles n’écoutent point des édits funestes, de protéger nos yeux pour qu’ils se refusent à regarder des statues abominables, de protéger notre front pour que le signe de Dieu y soit gardé sans altération, de protéger notre bouche pour que notre langue confesse victorieusement le Seigneur son Dieu.

Armons aussi notre main du glaive spirituel, afin qu’elle repousse avec mépris et sans peur, des sacrifices funestes, et que se souvenant de l’eucharistie où elle reçoit le Corps du Seigneur, elle s’attache à Lui pour recevoir ensuite de Lui la récompense des célestes couronnes.

Quel grand, quel beau jour, frères très chers, que celui où le Seigneur passera la revue de son peuple, et d’un regard divin examinera les mérites de chacun, ou Il enverra les méchants dans la géhenne, et condamnera aux flammes éternelles du feu vengeur ceux qui nous auront persécutés, tandis qu’à nous, Il nous paiera le prix de notre foi et de notre dévouement !

Quelle ne sera pas notre gloire et notre bonheur : être admis à voir Dieu, avoir l’honneur de participer aux joies du salut et de la lumière éternelle dans la compagnie du Christ le Seigneur notre Dieu, rencontrer Abraham, Isaac et Jacob, tous les patriarches, les apôtres, les prophètes, les martyrs, jouir au royaume des cieux dans la compagnie des justes et des amis de Dieu, des joies de l’immortalité acquise, y goûter « ce que l’oeil de l’homme n’a pas vu, ce que son oreille n’a pas entendu, ce que son coeur n’a point éprouvé » ! (1 Cor 2,9).

Que nous devions recevoir plus que le juste prix de ce que nous faisons ou souffrons ici-bas, c’est ce que l’Apôtre proclame : « Les souffrances de ce temps ne sont pas comparables à la gloire à venir qui sera manifestée en nous. » (Rom 8,18).

Quand cette manifestation viendra, quand la gloire de Dieu brillera en nous. nous serons aussi heureux et charmés de l’honneur dont le Seigneur daignera nous combler, que resteront tristes et malheureux ceux qui, abandonnant Dieu ou se révoltent contre Lui, ont fait la volonté du diable, et doivent avec lui être torturés par un feu qui ne pourra s’éteindre.

Saint Cyprien, évêque de Carthage (né vers 200-martyrisé en 258)

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