La tentation du relativisme

A l’approche de Noël, mes méditations portent plus que jamais sur les périls que nous encourons à vivre (survivre, pour mieux dire) dans cette société occidentale du 21ème siècle. Je voudrais dans ce court article traiter de deux d’entre eux, ou au moins effleurer le sujet.

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Le premier de ces dangers, parce que fort pernicieux, me semble être le relativisme…du moins, un relativisme relatif 🙂 qui sans nous faire tomber dans le péché actuel, anesthésie cependant notre organisme surnaturel.

C’est purement logique : à force de vivre dans une fosse à purin, on finirait presque, parfois, par n’en plus sentir la puanteur.

Combien de fois n’entendons-nous pas, même dans nos milieux, des personnes parler ainsi de pécheurs publics (mécréants, adultères ou fornicateurs divers, apostats, hérétiques protestants, etc.) : « Ils vivent dans le péché, c’est avéré, mais à côté de cela, ils sont pleins de bonté, ils font du bien autour d’eux; Dieu leur en tiendra compte ! »

En un sens, c’est vrai parce que Dieu se doit de récompenser dès ici-bas les bonnes actions de personnes qui vont après leur mort se damner, car Dieu est juste et ne peut laisser la bonté, la gentillesse, et d’autres vertus sans récompense. Par leur choix de se perdre, ces personnes le contraignent à leur donner une récompense dans cette vie. C’est là l’enseignement des saints,  et non une extrapolation sortie de mon imagination.

C’est vrai aussi en ce sens que cela incite Dieu à leur accorder davantage de grâces de conversion.

Cependant, il ne faut pas se méprendre : si ces personnes persistent dans leur péché, dans leur impureté, dans leur impiété, dans leur fausse religion, etc. , elles se damneront. Et ce, qu’elles aient ou non été bonnes, dévouées, aimantes ou que sais-je pendant leur vie terrestre. Comme aimait à le répéter un mien ami : « De Dieu on ne se moque pas ! » (Galates, VI – 7)

Ce n’est pas parce que ces personnes, et nous en croisons chaque jour au travail, dans le voisinage, etc., sont « moins pires » que le reste de la société de Sodome et Gomorrhe, qu’elles sont en grâce avec Dieu. Or rien ne peut remplacer l’état de grâce, faut-il le rappeler ?

C’est qu’en vérité nous le savons tous très bien intellectuellement, mais que nous l’oublions trop souvent pratiquement.

On entend parfois arguer : « l’homme d’il y a quelques siècles n’était pas meilleur que celui de maintenant ! ». Outre que l’affirmation est sans preuve, puisque nous n’avons pas vécu il y a « quelques siècles » pour être à même de la vérifier, elle procède d’un énorme contre-sens. En effet, l’homme d’avant la révolution « française » pouvait parfois être aussi pourri et dépravé de moeurs que le contemporain, mais lui, il avait la foi. En conséquence, s’il avait mal vécu, il tâchait de bien mourir !

Un cas connu parmi des centaines est celui de la Montespan, maîtresse de Louis XIV, qui

La Montespan et ses bâtards.

La Montespan et ses bâtards.

vivant dans l’adultère avec celui-ci, payait une servante pour veiller sur son sommeil, afin qu’au moindre signe annonçant une mort subite elle courût chercher le confesseur de la marquise dont les appartements étaient dans la même aile du château. Vivre dans le péché, oui. Y mourir, non ! Cette femme était tout sauf une bonne Chrétienne, et n’avait certes rien à envier aux multitudes de catins qui peuplent nos villes et nos campagnes du 21ème siècle…mais elle avait sur ces malheureuses un avantage considérable : elle se savait pécheresse, et était certaine de se damner si elle mourait dans cet état.

Si nous voulons maintenant un cas extrême, considérons un Gilles de Rais, pratiquant la magie noire, assassin de plus d’une centaine d’enfants (les juges n’ont jamais pu les dénombrer exactement), pédocriminel, sodomite…qui meurt repentant, confessé, absous, et fait au final une mort si édifiante que les familles se ses victimes prient pour son salut lors de  son exécution !

Comment ne pas avoir plus d’assurance, étant donné ces dispositions, pour le salut du criminel Gilles de Rais que pour celui du boulanger du village, qui n’a jamais tué ni violé personne, mais meurt dans son impiété comme il a vécu ?

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Le deuxième danger, qui peut nous menacer, est un avatar de ce relativisme contemporain. 

Lot et sa famille avaient un avantage sur nous : ils purent fuir Sodome. Nous ne pouvons pas quitter la planète.

Loth et sa famille avaient un avantage certain sur nous : ils purent fuir Sodome. 

A force de vivre dans cet énorme tas d’ordures qu’est la post-civilisation occidentale, nous nous imaginons être, non pas des saints certes, mais à tout le moins de bons Chrétiens irréprochables.

Il est évident que voyant les années lumières de distance qui séparent les malheureuses âmes mondaines des âmes en état de grâce, nous autres Catholiques avons l’impression d’être des joyaux disséminés au milieu du fumier.

Les contemporains, embourbés avec délices dans l’idéologie cataclysmique d’une société qui porte au pinacle les vices les plus hideux, tandis qu’elle punit et persécute la vertu, ressemblent de plus en plus souvent à des hordes d’antichrists que Dieu ne tolère sur la planète qu’en vue d’exercer et éprouver les âmes fidèles.

Le problème est là : il se trouve autour de nous fort peu d’âmes d’élite auxquelles nous puissions nous comparer, et qui nous fassent dire de nous-mêmes, confus : « Combien j’aime peu le Bon Dieu, combien je suis loin de faire parfaitement sa volonté et de lui plaire de toutes mes forces comme j’y suis obligé ! »

Au contraire, nous ne voyons alentour que mensonge, vol, orgueil et arrogance, impureté, esprit de révolte, inversion complète du bien et du mal. Dès lors, nous nous regardons à juste titre comme des OVNI… Eussions-nous vécu au siècle de St Louis, ah ! nous aurions bien eu l’embarras du choix pour y puiser des modèles de sainteté. Il y en avait vraiment pour tous les goûts : des séculiers, des réguliers de tous ordres, des laïques…mais à présent ! misère ! S’il y a quelques saints quelque part, ils ne seront jamais canonisés par un Vatican apostat, et ne seront connus que de leur entourage immédiat.

La haine ordinaire

La haine ordinaire au 21ème siècle.

Le monde entier a roulé dans la boue et nous nous trouvons seuls face à des persécutions de plus en plus ouvertes. Les premiers Chrétiens martyrisés avaient cette consolation de voir la Religion prendre naissance sur la terre qu’ils arrosaient de leur sang. Ne nous abusons pas : nous n’aurons pas ce réconfort. Celui-là aussi nous sera refusé, parce que nous arrivons à la fin, et que c’est vraisemblablement à nous que sont destinés, sinon les temps antéchristiques proprement dits, du moins leur préambule, cette fin poignante de toute chose belle et bonne, cette fin qui n’en finit pas de finir, et dont l’interminable agonie s’enfonce dans une laideur croissante dont on se demande parfois avec angoisse si elle aura une limite.

Les âmes roulent en enfer par millions et la haine de ces damnés envers Dieu et ses enfants monte sans cesse jusqu’à nous dans l’espoir de nous anéantir définitivement : elle voudrait bien que « nous n’ayons qu’une seule tête » afin de pouvoir la trancher d’un coup.

La tentation est alors grande pour le petit reste des Catholiques de se dire : »Je fais ce que je peux, Dieu n’en demande pas tant ! ». Nous avons cette tentation parce qu’il est objectivement beaucoup plus difficile d’être catholique de nos jours que lors des siècles de foi.

Par certains côtés, il est certainement vrai que Dieu est amené (si on peut parler ainsi) à se choisir des âmes parmi des pécheurs moins obstinés, « convertissables », et à « faire avec ce qu’Il a ». Il est contraint de supporter nos tiédeurs, nos lâchetés, et de nous donner peut-être des grâces qu’Il eût réservées en d’autres siècles à des âmes bien plus généreuses que nous autres, pauvres hères de la fin des temps. Je crois très sincèrement que cela se passe réellement ainsi : réjouissons-nous donc sur ce point, d’être nés dans cette époque abominable plutôt que dans un siècle de foi.

En revanche, finir par croire que le salut de notre âme nécessite moins d’efforts que par les siècles passés est une limite à ne pas franchir, puisque l’expérience nous prouve précisément le contraire. Ce n’est pas parce que le monde entier a sombré dans le péché mortel, que les lois civiles ne respirent que la haine de Dieu et du bien et incitent les citoyens à pécher le plus possible, que le péché a perdu de sa gravité. Si nous évitons les péchés mortels et les péchés véniels délibérés, y a-t-il là de quoi nous reposer sur nos lauriers ? Des générations de Catholiques en ont fait autant avant nous, et sans se croire justifiés pour cela ! Ils comparaient leur coeur à celui des saints que la Sainte Eglise leur donnait en exemple, et se jugeaient loin, bien loin : ils comprenaient, ils voyaient, que l’état de grâce n’est pas le but, mais la prémisse indispensable.

Car le but est la sainteté, autant dire les choses comme elles sont. Or je crois que notre sainteté, celle qui est à notre portée, consiste à faire héroïquement ce que nos ancêtres ont fait « ordinairement ». Nous sommes condamnés à l’héroïsme, à une forme d’héroïsme qu’aucune époque avant la nôtre n’a connu (même pas, selon cette forme, les trois premiers siècles), tout simplement parce que nous n’avons pas le choix : ou bien nous aurons cet héroïsme, ou bien nous nous perdrons avec la masse des hommes de ce siècle. Prenons conscience que seule l’époque de l’antéchrist (si nous ne subissons pas son règne de notre vivant), demandera un héroïsme encore plus important. Si vous trouvez que j’exagère, c’est que vous n’avez pas assez pesé les choses : prenez quelques minutes pour réfléchir et étoffer cette méditation. D’aucuns râlent : « mais on ne m’a pas demandé mon avis ! » : eh non, mon petit gars, mais depuis quand une créature dicte-t-elle ses plans au Créateur ?

Jugez donc un peu de la situation, et vous verrez ce qu’il en est. Nous sommes moins de 2% de Catholiques en France, jadis « Fille aînée de l’Eglise », selon les statistiques ripoublicaines. Nous n’avons plus d’autorité religieuse pour nous guider, plus de modèle à suivre dans ces jours d’obscurité, mais uniquement l’autorité invariable de 2000 ans de Catholicisme et de milliers de saints canonisés. Nous pouvons fort bien disparaître (et alors Notre-Seigneur reviendra pour son deuxième Avènement, comme Il l’a annoncé). Le tout est de disparaître, s’il plaît ainsi à Dieu, en ayant atteint le degré de sainteté que Notre-Seigneur a voulu de toute éternité pour nous. Pour cela, il faut puiser notre force en Lui seul, et ce d’autant plus qu’humainement nous allons être de plus en plus seuls, en une Eglise réduite « à des proportions domestiques », ainsi que le disait le Cardinal Pie.

Les choses du monde vont aller de mal en pis, nul besoin d’être prophète pour l’annoncer. L’apostasie est en progression constante au Vatican. La France est en perdition. C’est donc bien le moment de prendre la résolution d’être « Catholique et Français, toujours ! » : nous témoignerons au Dernier Jugement devant les habitants du Ciel et les nations de la terre, avoir été du minuscule reste de ce petit peuple jadis élu de Dieu, qu’on appelait la France, et qui fut, malgré cette fin de tout, fidèle jusqu’au bout au Christ Roi.

J’arrête ici cette méditation, laissant à mes lecteurs le soin de la développer à leur gré, et je vous souhaite un saint et joyeux Noël à tous, mais joyeux de la vraie joie, qui est surnaturelle.

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