La pénitence du moderniste

La chose me tient à coeur, mais je n’ai jusqu’alors pas eu le courage ou le temps d’écrire quelquechose à ce sujet. Peut-être est-ce parce que je me rends compte que je ne pourrai jamais être exhaustive, et que donc je serai toujours insatisfaite de ce que je pourrai pondre : il y en aurait tant à dire, qu’il faudrait un traité entier, composé sur plusieurs mois, pour espérer rendre compte de l’étendue du malheur…et encore.

Je me résouds pourtant aujourd’hui à entamer le sujet…à l’effleurer devrais-je donc dire, quitte à le compléter à la va-comme-j’te-pousse dans l’avenir.

L’une des choses qui m’épouvante le plus chez les modernistes (qui se pensent et prétendent catholiques), est leur notion complètement erronée de la pénitence, aussi bien comme sacrement que comme vertu.

Comme dans la plupart de leurs hérésies, le plus tragique de la chose, outre le risque énorme qu’ils font courir à leur salut personnel, est l’exemple épouvantable qu’ils donnent aux yeux du monde. Ce dernier, persuadé de voir en eux de véritables Catholiques, agissant comme tels (de même qu’il est convaincu que l’Eglise conciliaire apostate est bel et bien l’Eglise Catholique), peut en conséquence réagir de deux façons.

Soit il reste indifférent à ce qu’il voit (pour les gens qui cherchent Dieu avec sincérité, la chose qui occupe Rome et qu’ils croient être l’Eglise catholique n’a aucun attrait; elle les dégoûte par sa corruption, sa bassesse, ses mensonges, son manque de dignité, son horizontalité, etc.), soit il adhère aux principes de cette Eglise conciliaire, et tombe avec elle dans l’hérésie moderniste voire le luciféranisme, puisque la tête de cette fausse Eglise en est arrivée à ce point.

La responsabilité de ces faux catholiques est donc écrasante, puisque non seulement « ils n’entrent pas, mais qu’ils empêchent encore ceux qui le voudraient d’entrer. » Imaginez l’enfer réservé à ceux qui non contents de se damner, ont par leur exemple détourné du salut et damné avec eux des milliers d’âmes. Vous ne pouvez pas ? Moi non plus.

Ceci étant posé, j’en viens à notre sujet.

Avez-vous déjà discuté du péché, de ses conséquences, et de la pénitence, avec un moderniste ? Il y a de quoi rendre fou n’importe qui, je vous l’assure.

La notion que le moderniste a généralement du péché est proprement ahurissante. Il s’agit presque toujours pour lui de le définir par rapport à la perte d’une prétendue « dignité humaine », ou bien par quelque « infraction sociale ». Cela donne lieu à des monstruosités aussi bien intellectuelles que morales, produite par la « religion de l’Homme », c’est à dire comme je l’écrivais plus haut, la religion de Lucifer.

La notion du péché chez le moderniste : quelques exemples concrets

PECHE GRAVE

PAS PECHE

– Jeter un papier dans la rue

– ne pas voter, ou voter FN

– Franchir un STOP sans marquer de temps d’arrêt.

– Ne pas se tenir informé de ce qui se passe dans le monde

– Ne pas militer en faveur des SDF, des clandestins, ou « contre le racisme »

– Etre favorable à la peine de mort pour les assassins et les violeurs

– Ne pas aller à la Messe le dimanche

– Ne pas faire ses prières, ne jamais prier.

– Communier dans un état plus que douteux, ne faire ni préparation ni action de grâce.

– ne pas adhérer au Credo dans son intégralité

– Forniquer si les deux sont consentants, faire, dire, regarder des choses sales, commettre des péchés solitaires, etc.

– Commettre des injustices, des vols et des mensonges par omission.

– S’accorder tous les plaisirs et toutes les jouissances sensuels (goinfrerie, sorties, divertissements…)

Ce ne sont que quelques exemples, mais tous nous avons entendu un jour ou l’autre l’une ou l’autre de ces allégations à faire dresser les cheveux sur la tête dans la bouche d’un de ces prétendus « catholiques ».

Murillo, le Retour de l'enfant prodigue.

Murillo, le Retour de l’enfant prodigue.

Avec de telles prémisses, on peut facilement s’attendre à ce que l’appréhension que ces gens ont de la pénitence soit du même tonneau. Voire pire (si, c’est possible).

C’est là qu’on touche véritablement le fond.

Pour ce qui est de la pénitence en tant que vertu, parallèlement à la suppression quasi-générale de la notion de péché, la notion de pénitence est non seulement tombée en désuétude chez ces hérétiques, mais de plus elle est conspuée et ridiculisée. De surcroît, ils font leur possible pour détourner toute âme droite qui passerait à leur portée, de réfléchir sur ses péchés et d’en ressentir le besoin de faire pénitence.

Le mot satisfaction ne leur dit absolument rien, et je suis certaine que la plupart d’entre eux ignore totalement sa signification. En réalité, ils ont totalement évacué la notion d’expiation, confondant, dans leur homocentrisme et leur sensualisme effréné, le pardon du péché avec la remise de la peine qui lui est due.

En ce qui concerne le sacrement de pénitence, non contents de fuir la confession pour la remplacer le plus souvent par de vaines, ridicules et offensantes « cérémonies pénitentielles collectives » qui ne sont que les pourvoyeuses de sacrilèges abominables, les modernistes n’ont aucun soin de remplir, à supposer qu’ils aillent réellement se confesser, les conditions nécessaires à la réception valide du sacrement. Quid de l’examen soigneux de la conscience, pour des gens qui ont la conscience totalement fausse ? A supposer que l’accusation se fasse dans les règles, que penser surtout de la contrition (ou au moins de l’attrition, encore que je doute qu’un sur mille de ces modernistes connaisse la signification du mot), et du ferme propos ? Comment pourraient-ils regretter sincèrement des péchés qui n’en sont pas (par ex. jeter un papier dans la rue) alors qu’ils considèrent comme licites des péchés mortels (comme le concubinage) ? Comment regretter sincèrement des péchés réels que par chance ils auraient compris comme tels, attendu que ces gens n’ont aucun sens ni de la sainteté de Dieu, ni de l’adoration et de l’amour que nous lui devons ? Leur religion est l’adoration de l’homme mis à la place de Dieu : les maîtres-apostats comme Paul VI ou Jean-Paul II ont passé leur règne à le répéter.

Pour les plus « croyants » d’entre eux (mais juste Ciel, CROYANTS EN QUOI !!??), Dieu est une espèce de bonasse qui pardonne et REMET tout. Une fois l’absolution reçue, on va au Ciel tout droit. Inutile de faire quelque pénitence que ce soit (on veut bien à la rigueur faire celle que le confesseur vous a imposé, si ce n’est pas trop long, sinon on la discute…), puisque Jésus a tout payé pour nous. Dieu est miséricorde, la la la la lalère…

Confusion, je le répète, entre le pardon et la punition.

Pour un seul péché de vanité (ordonner le recensement d’Israël), David fut sévèrement châtié par Dieu, qui lui donna le choix entre trois punitions. Pourtant, Dieu avait pardonné à David aussitôt que celui-ci L’en avait imploré; mais la punition, elle, restait à accomplir.

Que dire alors de ces fournées de modernistes qui péchant mortellement avec la régularité d’un métronome, s’en vont (dans le meilleur des cas !) à confesse, quand ils veulent bien faire à Notre-Seigneur la grande faveur d’admettre que leurs actes sont des péchés, et en ressortent en disant « tout est pardonné, faisons la fête ! » ?

Saint Pierre Pénitent, par Ribera.

Saint Pierre Pénitent, par Ribera.

Ne savent-ils pas que tout péché non expié ici-bas devra l’être au purgatoire ? S’ils le savent, alors ils méprisent cette vérité de Foi, la déclarant « périmée », ainsi qu’ils font pour tant d’autres points de doctrine.

S’efforcent-ils au moins de gagner quelques indulgences ? Oh que non, car « mûrs dans la foi », ils ne « croient plus » aux indulgences non plus.

 C’est qu’à leurs yeux, les Catholiques « du temps passé » étaient encore très jeunes, très naïfs, très plongés dans les superstitions des âges obscurs ! Les apôtres, les Pères de l’Eglise, les Saints, étaient loin d’avoir acquis les lumières dont jouissent actuellement les Catholiques accomplis du troisième millénaire, voyez-vous !

Que leur reste-t-il alors que de s’attendre, après leur mort, à un purgatoire effroyable ?

*****

Il n’est rien de plus édifiant, ceci étant exposé, que de lire un extrait d’un sermon que Bourdaloue prêcha un mercredi des Cendres :

« Je sais que l’hérésie, avec sa prétendue réforme, n’a pu s’accommoder de ces pratiques extérieures, et qu’après avoir anéanti la pénitence dans ses parties les plus essentielles, en lui otant et la confession et la contrition même du péché, au moins ne les admettant pas comme nécessaires, elle a encore trouvé moyen de l’adoucir, en rejetant comme inutiles les œuvres satisfactoires, en abolissant le précepte du jeûne, et en traitant de faiblesses et de folies toutes les austérités des saints; mais il suffit que ce soient les ennemis de l’Eglise qui en aient jugé de la sorte, pour ne pas suivre l’attrait pernicieux d’une doctrine aussi capable que celle-là de séduire les âmes et de les corrompre. Non, chrétiens, de quelque manière que nous prenions la chose, il n’y a point de véritable pénitence sans la mortification du corps; et tandis que nos corps, après le péché, demeurent impunis, tandis qu’ils ne subiront pas les châtiments qu’un saint zèle de venger Dieu nous oblige à leur imposer, jamais nos cœurs ne seront bien convertis, ni jamais Dieu ne se tiendra pleinement satisfait. Depuis que le Sauveur du monde a fait pénitence pour nous aux dépens de sa chair adorable, il est impossible, dit saint Augustin, que nous la fassions autrement nous-mêmes; il faut que nous accomplissions dans notre chair ce qui manque, par un admirable secret de la sagesse de Dieu, aux satisfactions cl aux souffrances de notre divin Médiateur; puisque c’est dans notre chair que le péché règne, comme parle saint Paul, c’est dans notre chair que doit régner la pénitence, car elle doit régner partout où règne le péché. Nos corps, par une malheureuse contagion, et par l’intime liaison qu’ils ont avec nos âmes, deviennent les complices du péché, servent d’instrument au péché, sont souvent l’origine et la source du péché, jusque-là que le même apôtre ne craint point de les appeler des corps de péché : Corpus peccati; comme si le péché était en effet incorporé dans nous, et que nos corps fussent par eux-mêmes des substances de péché : expression dont abusaient autrefois les Manichéens; mais qui, dans le sens orthodoxe, ne signifie rien davantage que des corps sujets au péché, des corps par où subsiste le péché, des corps où habite le péché : nos corps, dis-je, ont part au péché; il est donc juste qu’ils participent à l’expiation et à la réparation da péché, qui se doit faire par la pénitence. Quoique la vertu et le mérite de la pénitence soit dans la volonté, l’exercice et l’usage de la pénitence doit consister en partie dans la mortification du corps; et quiconque raisonne autrement est dans l’erreur et s’égare. Voilà  mes chers auditeurs, la disposition où nous devons entrer aujourd’hui, si nous voulons profiter de la grâce que Dieu nous offre pendant ce saint temps d’abstinence et de jeûne.

Or, à cette loi de pénitence ainsi établie, s’oppose une autre loi que nous portons dans nous-mêmes, et qui est l’amour déréglé de nos corps. Amour, concevez-en bien le progrès pour en éviter le désordre et la corruption, amour de tout ce qui nous paraît nécessaire, ou plutôt de tout ce qu’une aveugle cupidité nous représente comme nécessaire pour l’entretien de nos corps; amour de toutes les commodités que nous recherchons avec tant de soin, et qui flattent nos corps; amour des délices de la vie, qui, par leur superfluité et leurs excès, affaiblissent souvent, ou même détruisent nos corps; amour des plaisirs défendus et des voluptés illicites qui souillent nos corps : car ce sont là, confessons-le devant Dieu, chrétiens, et apprenons au moins à nous connaître par ce qu’il y a dans nous de plus grossier, ce sont là les démarches d’une âme qui se dérègle en se rendant esclave de son corps; elle ne va pas d’abord au crime; mais, sous ombre d’entretenir ce corps et de pourvoir à ses besoins, du nécessaire elle passe au commode, du commode au superflu, et du superflu au criminel; au lieu, dit saint Grégoire pape, que la pénitence, qui a pour but d’assujettir et de mortifier le corps, par une conduite toute contraire, nous fait d’abord renoncer au criminel, que nous avouons nous-mêmes criminel; ensuite, à mesure que nous avançons dans ses voies, nous retranche le superflu, que nous prétendions innocent; de là nous prive même du commode, dont nous avions cru ne nous pouvoir passer; enfin, nous ôte, non pas le nécessaire, mais l’attachement et l’attention trop grande au nécessaire : excellente idée de la pénitence et de ses divers degrés. S’il y en a où notre faiblesse n’ose encore espérer d’atteindre, du moins ne les ignorons pas et désirons d’y parvenir. Elle nous fait renoncer au criminel, c’est-à-dire, aux plaisirs impurs que la loi de Dieu nous défend, parce qu’il n’y a point de péché plus opposé à la sainteté de Dieu, ni plus incompatible avec son esprit, que l’impureté : Non permanebit spiritus meus in homine, quia caro est (Genes. 6) ; elle nous retranche le superflu, c’est-à-dire, les délices de la vie, parce qu‘il n’y a rien de plus difficile à accorder ensemble qu’une vie molle et l’innocence des mœurs, et que cette innocence, dit Job, ne se trouve point parmi ceux qui ne pensent qu’à satisfaire leurs sens : Noninvenitur in terrâ suaviter viventium (Job. 28); elle nous prive du commode, c’est-à-dire des aises de la vie, qui, quoique absolument permises, ne laissent pas de fomenter la rébellion de la chair; et elle nous ôte même une trop grande attention au nécessaire, parce que c’est un point de morale inconnu aux saints, de prétendre ne souffrir rien, ne se refuser rien, ne manquer de rien, et faire néanmoins pénitence. Mais ce que les saints ne comprenaient pas est devenu un des secrets de la dévotion du siècle : car on peut dire que jamais siècle n’a parlé avec plus d’ostentation que le nôtre de la pénitence sévère, ni n’a porté plus loin dans la pratique le raffinement sur tout ce qui s’appelle vie douce; ne s’aveugle-t-on pas même jusqu’à se faire un devoir de ménager son corps? ne va-t-on pas jusqu’à se persuader qu’on est nécessaire au monde, et que c’est une raison supérieure pour se dispenser des lois les plus communes de la mortification chrétienne? Cependant, l’Apôtre l’a dit, et il est vrai : La pénitence, pour être parfaite, doit s’étendre jusqu’à la haine de soi-même; et l’on ne peut bien réparer le péché qu’en crucifiant cette chair de péché qui est l’ennemie de Dieu : Qui Christi tunt, carnem tuam crucifixerunt (Galat. 8).

Or, le moyen d’arriver là? souvenons-nous de la mort, et considérons les cendres qu’on répand aujourd’hui sur nos têtes; c’est assez: Mémento;occupons-nous de la pensée qu’il faut mourir, et rendons nous-là familière : Memento; entrons, par de sérieuses et de solides réflexions, dans le mystère de ces cendres : Memento; et jamais l’esprit de mollesse ne l’emportera sur l’esprit de mortification.

Oui, chrétiens, le souvenir de la mort vous détachera peu à peu, et presque malgré vous-mêmes de l’amour de votre corps; comment cela? en vous faisant connaître là-dessus votre aveuglement et votre injustice. Votre aveuglement : car dites-moi s’il en fut jamais un plus déplorable que d’idolâtrer un corps qui n’est que poussière et que corruption, un corps destiné à servir de pâture aux vers, et qui bientôt sera dans le tombeau l’horreur de toute la nature. Or, voilà le terme de tous les plaisirs des sens; c’est là que se réduisent toutes ces grâces extérieures de beauté, de santé, de teint, d’embonpoint, qui vous font négliger les plus précieuses grâces du salut; c’est là qu’elles vont aboutir : à un corps qui commence déjà à se détruire, et qui, après un certain nombre de jours, ne sera plus qu’un affreux cadavre, dont on ne pourra pas même supporter la vue. Ahf mes chers auditeurs, quelle indignité qu’une âme chrétienne, capable de posséder Dieu, s’attache à un sujet si méprisable ; vous surtout, mesdames, à qui je parle, et qui avez dela piété, ne devez-vous pas gémir pour ces personnes de votre sexe qui semblent n’être sur la terre et n’avoir une âme que pour servir leur corps? Combien en voit-on, dans le christianisme, uniquement appliquées à le parer, à l’embellir, à le nourrir? combien en feraient, s’il leur était possible, l’idole du monde, et en font, sans y penser, une victime de l’enfer? Puisque ce corps est quelque chose de si vil et de si abject, n’est-on pas bien plus sensé de le mépriser, de le dompter, de l’assujettir, et de lui faire porter le joug de la pénitence? Pour peu que nous consultions et la raison et la foi, ne doit-on pas rougir de se rendre si attentif à étudier ses goûts, de s’asservir à ses appétits, et de lui donner honteusement tout ce qu’il demande, et souvent plus qu’il ne demande?

Mais d’ailleurs, quelle injustice dans cet amour immodéré de son corps, si nous envisageons la mort ( Prenez garde à ces trois pensées: Quelle injustice envers Dieu, ce Dieu éternel, d’aimer plus que lui un corps sujet à la pourriture, et de l’aimer, comme dit saint Paul, jusqu’à s’en faire une divinité? quelle injustice envers notre âme, cette âme immortelle, de lui préférer un corps qui doit mourir, et, tout immortelle qu’elle est, d’abandonner sa félicité et sa gloire aux sales désirs d’une chair corruptible? quelle injustice envers ce corps même, de l’exposer, pour des voluptés passagères, à des souffrances qui ne finiront jamais, et de lui faire acheter un moment de plaisir par une éternité de supplices? Ah! mes frères, s’écrie saint Chrysostome, faisant une supposition qui vous surprendra, mais qui n’a rien dans le fond que de chrétien et de solide : si le corps d’un réprouvé, maintenant enseveli dans le sein de la terre, mais pour être un jour enseveli dans l’enfer, pouvait, au jugement de Dieu, s’élever contre son âme et l’accuser, quel reproche n’aurait-il pas à lui faire sur la cruelle indulgence dont elle a usé à son égard? et si cette âme, qui s’est perdue parce qu’elle a trop aimé son corps, pouvait, au moment que je parle, revenir du lieu de son tourment pour voir ce corps dans le tombeau, quels reproches ne se ferait-elle pas à elle-même du criminel attachement qu’elle a eu pour lui? Disons mieux, que ne se reprocheraient-ils pas l’un à l’autre, si Dieu venait à les confronter? Permettez-moi de pousser cette figure, qui, toute irrégulière et toute outrée qu’elle peut paraître, vous fera plus vivement sentir la vérité que je vous prêche. Ame infidèle, dirait l’un, deviez-vous me trahir de la sorte? fallait-il, pour me rendre un moment heureux, me précipiter avec vous dans l’abîme d’une éternelle damnation? fallait-il avoir pour moi une si funeste condescendance? fallait-il déférer lâchement à mes inclinations? ne les deviez-vous pas réprimer? ne deviez-vous pas prendre l’ascendant sur moi? que ne m’avez-vous condamné aux salutaires rigueurs de la pénitence? pourquoi ne m’avez-vous pas forcé à vivre selon les règles que Dieu vous obligeait à me prescrire? n’étaitce pas pour cela qu’il m’avait soumis à vous? Mais, corps rebelle et sensuel, répondrait l’âme, à qui dois-je imputer ma perte qu’à toi même? je ne te connaissais pas; je me laissais séduire à tes charmes, parce que je ne pensais ni à ce que tu avais été, ni à ce que tu devais être; si j’avais toujours eu en vue l’affreux étal où la mort devait te réduire, je n’aurais eu pour toi que du mépris; et, dans la société qui nous unissait, je ne t’aurais regardé que comme le compagnon de mes misères, ou plutôt comme le complice de mes crimes, obligé par là même à en partager avec moi les châtiments et les peines.

En effet, chrétiens, c’est de tout temps ce qui a produit dans les âmes bien converties, non-seulement ce mépris héroïque, mais cette sainte haine de leur corps; c’est ce qui a opéré tant de fois dans le christianisme des miracles de conversion. Il n’en fallut pas davantage à un François de Borgia pour le déterminer à quitter le monde. La vue du cadavre d’une reine et d’une impératrice, qu’il eut ordre de faire solennellement inhumer, et qu’il ne reconnut presque plus, lorsqu’il fallut attester que c’était elle-même, tant elle lui parut hideuse et défigurée, ce spectacle acheva de le persuader; il ne put voir cette beauté que la mort, par un changement si soudain et si prodigieux, avait détruite, sans former la résolution de mourir lui-même à toutes les vanités du siècle; l’image de la mort, en frappant ses yeux, fit naître dans son cœur tous les sentiments de la pénitecce. Car pourquoi, se dit-il à lui-même, et se sont dit comme lui les saints, pourquoi traiter mollement un corps condamné à la mort? quand on a prononcé l’arrêt à un criminel, on ne se met plus en peine de le bien nourrir; s’il faut encore le soutenir pendant quelques heures, on so contente de lui donner le nécessaire, et l’on ne pense à lui conserver la vie que pour lui faire mieux sentir les douleurs de la mort. Or, telle est la condition de nos corps : ce sont des criminels que la justice divine a condamnés; l’arrêt en est porté, et l’on ne diffère l’exécution que de quelques jours; mais ce sera bientôt : il ne s’agit donc plus de leur procurer des douceurs et de les flatter; il s’agit de les maintenir dans l’ordre de cette justice rigoureuse à laquelle Dieu les a livrés; il i’agit de leur faire déjà goûter la mort par la pratique de la pénitence, afin de les préserver de cetle seconde et dernière mort, bien plus terrible que la première, puisque c’est une mort éternelle : ainsi raisonne un pécheur pénitent : Memento, homo, quia pub is es, et in pulcerem reverteris.

(…)

Car, quoique nous ne soyons plus à ces premiers siècles où les pécheurs achetaient si cher la grâce de leur absolution et de leur réconciliation, nous n’en devons pas moins satisfaire à Dieu. L’Église a pu adoucir les peines qu’elle avait ordonnées pour chaque espèce de péché; mais elle n’a rien relâché des peines prescrites par le droit divin; et Dieu lui-même nous assure qu’il ne s’en relâchera jamais qu’en faveur de la pénitence. Il faut donc que ce soit la pénitence qui m’acquitte auprès de lui ; et comme il s’agit de son intérêt, qui, maintenant ou après la mort, doit être pleinement réparé, il faut que je prenne le bon parti, et que, par la pénitence de cette vie, je m’épargne la pénitence de l’autre; il faut qu’en m’imposant despeines volontaires, qu’en me privant de certains plaisirs même permis, qu’en me faisant quelques violences, qu’en me réduisant â une vie plus exacte et plus réglée, et qu’unissant enfin ma pénitence à la pénitence de Jésus-Christ, je prévienne les affreux châtiments que Dieu réserve à ceux qui refusent de se punir eux-mêmes. Ah! mon Dieu, que votre miséricorde est adorable, de nous en quitter à ce prix, de vouloir bien accepter l’unen échange de l’autre, et de nous remettre ainsi, pour une pénitence temporelle, une pénitence éternelle!

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