Dawn of all

Quelques mots aujourd’hui sur un roman de Robert Hugh Benson (1871-1914, l’auteur anglais du célèbre « le Maître de la Terre« ), que je viens de terminer. Dévoré en  3 jours, bien qu’il soit en anglais car je n’avais pu le trouver en français en téléchargement gratuit. Depuis, je l’ai découvert : le titre avait été traduit de manière peu fidèle, c’est pourquoi je ne l’avais pas vu au départ. Voir les liens tout en fin de cet article. Je mets cependant en garde le lecteur que d’après quelques passages que j’ai lus, la traduction n’est guère conforme à l’original : beaucoup de mots voire de phrases ajoutés, et au final le roman risque d’avoir été complètement dénaturé. Lisez donc en anglais si possible.

Il s’agit de « Dawn of all« , qu’on traduirait par « L’aube de toutes choses ».

Le genre « science-fiction religieuse » est fort peu répandu, malheureusement. pour ma part, c’est la seule catégorie de « romans » que j’accepte encore de lire. Le temps sur cette terre est trop court donc trop précieux pour le gâcher en futilités. Soyez certains que vous ne perdrez pas le vôtre en lisant ce roman.

Le roman en question n’est pas sans rappeler les deux premiers tomes de « la Trilogie cosmique » de l’hérétique anglican C.S. Lewis : Au-delà de la planète silencieuse et Perelandra, qui étaient une méditation sur le péché originel et sa rédemption. « Dawn of all » est évidemment incomparablement plus profond, bien que moins poétique que ces deux romans, mais il se rattache au même genre littéraire.

Monsignor R.H. Benson à 40 ans

Monsignor R.H. Benson à 40 ans

Voici donc l’histoire.

Une brève introduction, située en 1911, nous présente un homme qui a apparemment été victime d’un accident (nous n’aurons aucune précision sur le sujet) et se réveille dans un lit d’hôpital. Nous apprenons qu’il s’agit d’un prêtre apostat de Londres. Il est très mal en point, et l’infirmière à son chevet, le voyant conscient, lui propose d’appeler un prêtre sans tarder, ce qu’il refuse catégoriquement, en déclarant qu’il n’est plus catholique. Depuis son apostasie, il travaille comme associé d’un historien athée qui a entrepris, afin d’apporter sa pierre à la démolition de l’Eglise, d’écrire une suite de biographies « réalistes » sur les papes.

Soudain, le moribond a une sorte d’éblouissement et ferme les yeux.

Lorsqu’il les rouvre, il se trouve au milieu d’une foule d’ecclesiastiques et de laïques, dans un parc londonien, en train d’écouter un sermon prêché par un moine. Il est lui-même vêtu d’une soutane à revers violets, et il n’a aucun souvenir de son passé : il ne sait ni qui il est, ni où il est, ni quelle est la date du jour.

A ses côtés, son vieil ami-confesseur-directeur spirituel, Father Jervis.
Notre héros bafouille qu’il a eu une sorte de commotion, et a totalement perdu la mémoire.

Il s’avère qu’il s’appelle John Masterman, et qu’il occupe les fonctions de secrétaire particulier du Cardinal Bellairs, à Londres. Il porte le titre honorifique de « Monsignor ».
La date ? 1973.

Un examen médical confirme à tout son entourage qu’il a été victime d’une « commotion » qui lui a fait perdre la mémoire. Le cardinal lui impose donc au moins deux mois de vacances, accompagné par Father Jervis, et lui conseille de visiter l’Europe, de se reposer, et de se refaire une « mémoire », à supposer même qu’il ne retrouve jamais la sienne.

Monsignor Masterman entame donc, en compagnie de son père spirituel, une virée qui le mènera de Londres à Versailles, puis à Lourdes, et de là en Irlande et en Allemagne…

Victime d’un déphasage temporel permanent (car s’il ne se rappelle pas « venir » originellement de 1911,  d’un autre côté il sent parfaitement qu’il ne comprend rien au monde de 1973, notamment en ce qui concerne les progrès scientifiques, médicaux, etc., et qu’in fine il n’appartient pas à cette époque), Masterman est par-dessus tout stupéfait de découvrir que dans ce nouveau monde, la religion Catholique règne en maître sur presque toute la terre. La quasi-totalité du monde (Angleterre, France, Italie, Espagne…, Russie, Chine, Japon…Etats-Unis..) s’est convertie au Catholicisme. Hérésies et fausses religions ont presque totalement disparu. Ne restent que quelques poches de « socialistes maçons » sanguinaires, que les pays civilisés tentent d’éradiquer. L’Etat n’est plus indépendant de l’Eglise, et dans la plupart des pays, la monarchie a été restaurée et la démocratie maçonnique abolie. Les monarques sont soumis à l’autorité d’un saint pape, et une paix véritablement chrétienne règne sur le monde, avec pour seul point noir l’Allemagne, dont l’empereur est agnostique. Il est cependant proche de la conversion, ce qui constitue l’un des axes principaux du roman.

Notre prêtre apostat, qui s’est réveillé dans la peau d’un prélat fervent, se voit contraint à adopter le rythme de vie de  Monsignor Masterman : célébrer la Messe chaque jour et se confesser deux fois la semaine. Néanmoins, cela ne le dérange nullement puisqu’il n’a  aucun souvenir d’avoir été ce défroqué ayant totalement perdu la Foi.

Cependant, il sent comme au fond de lui un repoussoir face à cette société universellement catholique, contre laquelle il s’élève parfois intérieurement avec véhémence. Le fond de libéralisme en lui se met à hurler lorsqu’il vient à penser qu’un tel ordre chrétien  viole les prétendus droits à la « liberté de conscience », à la « liberté religieuse »…
Il SAIT intellectuellement que l’Eglise a raison…mais ses sentiments protestent.

On voit ici la plus que brûlante actualité de ce combat intérieur, qui reflète parfaitement l’aberration dans laquelle le monde a plongé depuis Vatican 2. Ce n’est pas la première fois que Mgr Benson s’avère être un visionnaire : il nous avait accoutumé au fait dans « le Maitre de la Terre ». A mon humble avis, la profondeur psychologique de Dawn of all, malgré les carences du roman sur d’autres plans, dépasse de loin le pourtant magnifique Maître de la Terre.

Le génie du roman, malgré quelques longueurs deci-delà, réside dans le cruel jeu du chat et de la souris que Benson exerce sur l’intelligence de son lecteur. En effet, les arguments libéraux de Monsignor Masterman font parfois presque mouche, et grattent quelque peu le fond de l’âme du Catholique du 21ème siècle…mais aussitôt, Masterman lui-même ou son entourage présentent les arguments contraires qui font rentrer le lecteur en lui-même. Ce va-et-vient incessant remue réellement notre intelligence, nous obligeant en permanence à définir, affirmer et prendre une conscience très aiguë de ce que c’est que d’être catholique.

Le monde dans lequel vit Monsignor Masterman, est Christocentrique : il n’y a plus aucune place pour les « petits moi » qui feraient retour sur eux-mêmes…Bref, ce monde est le contre-pied absolu du monde actuel, maçonnique et aux mains de Satan, dans lequel nous vivons.

Je n’en dirai pas davantage sur l’histoire de Dawn of all, évidemment, pour ne pas gâcher le plaisir…quoi qu’il en soit, sachez bien que ce roman n’est pas un simple divertissement et attendez-vous en le lisant à être fouillé, remué, et à devoir faire à plusieurs reprises votre examen de conscience !

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Lien de téléchargement (en anglais) : http://www.gutenberg.org/ebooks/11626

 (traduction française) : https://archive.org/details/lanouvelleaurore00bens

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