Meurtre programmé de Vincent Lambert

Les ripoublicains ont décidé de faire mourir de faim et de soif Vincent Lambert. 

L’avocat François Teutsch vient de publier sur le blog Boulevard Voltaire, ce texte poignant et parfaitement lucide.

Les mises en gras sont de moi.

*****

« Tout condamné à mort aura la tête tranchée. » C. Pén. Art. 12

Les étudiants en droit d’avant 1981 connaissaient par cœur les 13 pieds de ce célèbre alexandrin, qui donnaient à la peine capitale un soupçon d’humanité. Comment s’insurger contre une si jolie formule ?

Vincent Lambert n’aura pas la tête tranchée. Parce que la peine de mort n’existe plus en France depuis la loi du 9 octobre 1981 ; une loi saluée par la quasi-totalité des gens autorisés à penser comme une immense avancée de l’État de droit. Vincent n’a d’ailleurs aucune raison d’être condamné à mort : ni violeur ni assassin, ni traître à sa patrie, ni tortionnaire. Aucun avocat général ne se dressera dans sa robe rouge ni ne prononcera, après un temps d’arrêt, ces mots terribles : « Mesdames et messieurs les jurés, je requiers la peine de mort. » Aucun aumônier ne viendra annoncer à Vincent que son recours en grâce a été rejeté. Nul surveillant pénitentiaire, un peu ému, ne lui offrira une cigarette ou un petit verre de cognac. La lame froide de la guillotine ne provoquera pas sur sa nuque ce petit vent frais vanté par le bon docteur Guillotin présentant sa machine à décapiter sans souffrance.

Tout cela sera épargné à Vincent, 39 ans, innocent de tout crime, vierge de toute accusation.

Un autre sort lui est réservé. Vincent, qui ne peut se défendre puisqu’il vit dans le coma, a remis sa vie entre les mains de spécialistes. Des médecins, des juristes, des juges. De chaque côté de son lit se font face son épouse et ses parents. Des parents seuls, ou presque. Sans qu’un journal ne s’intéresse à eux, si ce n’est pour les qualifier de « catholiques fervents » – c’est-à-dire de dangereux intégristes ; sans qu’un politicien, qu’un philosophe, qu’un humaniste ne les soutiennent ; sans la moindre officine subventionnée pour partager leur combat. Sans personne d’autre qu’un ou deux avocats courageux qui ne pensaient pas, 33 ans après l’abolition, qu’ils devraient plaider la grâce devant le Conseil d’État.

Le rapporteur public, chargé de donner un avis en droit aux juridictions administratives, a préconisé aux plus hauts magistrats français d’ordonner l’arrêt de tout traitement en faveur de Vincent. Au motif que son état est incurable et insusceptible de s’améliorer. Il a demandé à ce qu’on le laisse mourir. Phrase terrible ! Laisser mourir Vincent ! Ne pas prolonger inutilement ses souffrances, ces souffrances qu’il ne peut exprimer mais que ceux qui savent devinent, vivent et supportent à sa place. Faire preuve d’humanité, de compassion, laisser cet homme mourir dans la dignité… Propos admirable, et bien digne des valeurs portées par nos institutions, clamées par nos dirigeants, encensées par les thuriféraires de la morale républicaine. [je crois que l’auteur fait de l’humour au second degré, enfin j’espère…]

Vincent ne reçoit aucun traitement. Il respire seul. Son cœur bat régulièrement. Ses organes fonctionnent. Vincent n’est pas malade. Quel traitement interrompre pour supprimer de cette terre un être inutile, coûteux, qui nous rappelle à chaque instant notre condition mortelle, notre imperfection ontologique, notre finitude ? Un homme, un frère en humanité, vivante image de la faiblesse, témoignage poignant de ce que nous avons tous été dans nos premiers jours, incapables de rien faire par nous-mêmes, tout entiers remis aux soins d’un autre. C’est cela, Vincent.

Il ne lui reste que peu de choses : son humanité ; l’amour de ses parents ; la capacité de l’homme à s’effacer devant des mystères qui le dépassent : la vie, la mort, la rencontre finale avec Dieu.

Vincent Lambert ne subira pas la décollation. Peut-être cela serait-il préférable, à tout prendre. Les experts en humanité – qui décident de qui est digne de vivre ou mérite de mourir – vont simplement cesser de l’alimenter et de l’hydrater.

Ils vont condamner Vincent à mourir de soif.

Au nom de la dignité.

*****

Quelle sera la prochaine étape ?

Eh bien si vous n’avez pas voulu de votre bébé mais que vous n’avez pas réussi à le tuer dans votre ventre (il faut intenter un procès au médecin qui a râté l’avortement, soit dit en passant !), la bonne solution est la suivante : CESSEZ DE L’ALLAITER ! Le nourrisson ne peut pas manger seul : comme Vincent Lambert, vous voyez avec évidence que c’est un signe certain que « sa vie ne vaut pas la peine d’être vécue » et qu’en réalité, il « souhaite qu’on l’abrège » (sans pouvoir le dire ainsi, évidemment).

Empire de la BARBARIE absolue, te voici installé en lieu et place de la civilisation Chrétienne !

Publicités
Cet article, publié dans Divers, est tagué , , , , , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.