La mort de Voltaire

D’après les récits les plus authentiques, Voltaire mourut dans la rage et le désespoir, répétant : « Je suis abandonné de Dieu et des hommes! » Ils criait aux faux amis qui assiégeaient son antichambre : « Retirez-vous! c’est vous qui êtes la cause de l’état où je suis. Retirez-vous! Je pouvais me passer de tous vous autres; c’est vous qui ne pouviez vous passer de moi; et quelle malheureuse gloire m’avez-vous donc value ! « Et au milieu de ses terreurs et de ses agitations, on l’entendait simultanément ou tour-à-tour invoquer et blasphémer le Dieu qu’il avait poursuivi de ses complots et de sa haine. Tantôt d’une voix lamentable, tantôt avec l’accent du remords, plus souvent dans un accès de fureur, il s’écriait : « Jésus-Christ! Jésus-Christ! »

A l’approche du moment fatal, une nouvelle crise de désespoir s’empara de son âme. « Je sens, criait-il, une main qui me traîne au tribunal de Dieu. » Et tournant vers la ruelle de son lit des regards effarés : « Le diable est là; il veut me saisir… Je le vois… Je vois l’enfer…,
cachez-les moi. » Enfin il se condamna lui-même réellement à ce festin auquel son ignorance et sa passion antibiblique avaient fait asseoir si souvent le prophète Ezéchiel; et, sans moquerie, cette fois, dans un accès de soif ardente, il porta à sa bouche son vase de nuit et en vida le contenu. Puis il poussa un dernier cri, et expira au milieu de ses ordures et du sang qui lui sortait par les narines

Il mourut, comme il avait vécu, dans l’ordure de tous les vices, sans en excepter l’hypocrisie.

La mort de Voltaire a été le couronnement de sa vie. Il avait donné à Dieu vingt ans, au bout desquels Dieu devait avoir beau jeu, et précisément à cette époque assignée par lui, Voltaire luttait contre le trépas, dans les angoisses et les fureurs d’un affreux désespoir. Il a dû, sans réconciliation, traîner devant le tribunal du souverain Juge une longue chaîne de crimes inexpiés. Dieu alors eut beau jeu, il lui rendit selon ses œuvres. Ce malheureux
avait écrit à un prêtre de venir l’entendre en confession ; Diderot, d’Alembert et Condorcet le gardèrent à vue pour l’empêcher de « faire le plongeon ».
Voltaire avait écrit à d’Alembert :  » Je mourrai, si je puis, en riant, » et à Mme du Deffand : « On dit quelquefois d’un homme : Il est mort comme un chien; mais vraiment un
chien est très heureux de mourir sans tout cet attirail dont on persécute le dernier moment de notre vie. » Loin de pouvoir mourir en riant, il n’a pas même obtenu la mort
qui était pour lui l’idéal d’une heureuse fin, la mort stupidement tranquille d’un animal.

in Terribles châtiments des révolutionnaires, par le R.P. Huguet

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